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L’IA et le web : ce qui change vraiment (et ce qui ne change pas)

L'intelligence artificielle va-t-elle remplacer les développeurs ? Tuer WordPress ? Standardiser le web jusqu'à le vider de sa substance ? On entend tout et son contraire.

Pour démêler le vrai du faux, le podcast Rencontres de l'agence Yucatan a réuni les deux cofondateurs d'Arkone, agence web et mobile parisienne, autour d'une conversation sans langue de bois sur ce que l'IA transforme — ou pas — dans la conception, le développement et la visibilité des sites web.

Podcast Rencontre Agence Yucatan Arkone

Arkone, l'humain avant tout

Avant d'entrer dans le vif du sujet, un mot sur l'agence. Arkone, c'est une petite structure de quatre personnes qui revendique une approche profondément humaine. Tout, ou presque, est développé en interne, et chaque client est accompagné de A à Z : du cahier des charges à l'hébergement, en passant par le développement, le référencement et la maintenance.

L'agence assume aussi un choix fort : le 100 % français. Développeurs, designers, freelances — tous sont recrutés en France, à la fois pour la qualité du travail et pour fluidifier la communication, sans perte d'information liée à la barrière de la langue. Et contrairement à une idée reçue, les sites vitrines ne sont qu'une part infime de l'activité : Arkone se concentre surtout sur l'application mobile et l'application métier, avec une vraie réflexion en amont sur le besoin du client.

Cofondateurs de l'agence web & mobile Arkone au forum point S

Du développeur au chef de projet

Le constat de Sébastien et Valentin est sans appel : depuis septembre 2023, le métier a complètement changé. On est passé d'un travail très technique — écrire le code soi-même — à un rôle qui ressemble davantage à celui de chef de projet pilotant une IA.

Mais attention : cela ne veut pas dire que le métier s'est appauvri, bien au contraire. L'enjeu s'est déplacé vers l'amont. Préparer la structure du code, rédiger le bon prompt en fonction de la demande du client, savoir verbaliser précisément ce que l'on veut : voilà les nouvelles compétences clés. Comme le résume joliment Sébastien, une IA, « il faut lui parler un peu comme à un enfant de cinq ans ». On ne peut pas lui dire « tu vois ce que je veux dire ».

Le contrôle technique reste, lui, indispensable pour vérifier la qualité du code produit.

« Développe-moi un site web » : les limites de la magie

Peut-on vraiment demander à une IA de créer un site de A à Z ? Oui… sur le papier. Mais le résultat mérite d'être nuancé. Arkone récupère régulièrement des projets « en deuxième phase » : des clients qui avaient lancé un site eux-mêmes avec l'IA, qui fonctionnait très bien, jusqu'au jour où tout s'est mis à dysfonctionner sans explication apparente.

Le problème ? Un code souvent illisible et impossible à maintenir. Sébastien compare l'IA à un développeur junior qui débute : sans structure imposée en amont, elle produit un code « ingérable » qui finit par mener le projet dans le mur. L'IA permet de faire de bons prototypes, mais sans base de développement solide, le résultat ne tient pas dans la durée.

La fin de WordPress ?

Pendant quinze ans, WordPress a régné en maître sur les CMS. Aujourd'hui, son avenir est plus incertain. Le célèbre CMS apportait de la facilité, mais aussi son lot de contraintes : impossible de développer ses propres fonctionnalités sans passer par des plugins, ce qui devenait vite très compliqué.

Or, l'IA offre désormais la même rapidité que WordPress, sans les contraintes, et avec la qualité du sur-mesure. Les templates classiques sont, selon les deux fondateurs, « un peu morts » face à cette nouvelle souplesse. WordPress n'est pas voué à disparaître, mais il a de bonnes raisons de s'inquiéter pour une partie de son marché.

Developpeurs de l'agence web & mobile Arkone - Podcast

SEO, GEO : la visibilité change de règles

Un beau site que personne ne trouve ne sert à rien. Et là aussi, les règles évoluent vite. On parlait de SEO depuis des années ; on parle désormais de GEO (Generative Engine Optimization), l'optimisation pour les moteurs génératifs.

La différence est de taille. Le SEO classique reposait sur une approche très technique : balises, métadescriptions, mots-clés au bon endroit. Les moteurs basés sur les LLM, eux, attendent autre chose : du contexte, de l'expertise, du contenu de fond et de la cohérence sur l'ensemble du site. Fini les pages génériques bourrées de mots-clés. Place aux réponses précises, aux FAQ qui apportent du contexte, et aux sources citées.

Une image revient dans la conversation : il faut désormais bâtir un site comme on le ferait pour une personne malvoyante. Les LLM lisent le site un peu comme le ferait un lecteur d'écran. Structure, lisibilité, balises et métadonnées restent donc essentielles — même si leur poids relatif a baissé.

Et le SEO dans tout ça ? Il n'est pas mort, loin de là. Les deux approches se complètent et, point positif, elles poussent toutes deux les sites à être plus accessibles.

L'accessibilité, grande gagnante discrète

C'est l'un des plus beaux effets de bord de cette évolution. L'accessibilité n'est presque jamais demandée spontanément par les clients — la maturité du marché n'est pas encore là. Mais le référencement, qu'il soit SEO ou GEO, force les sites à être accessibles : contrastes vérifiés, textes lisibles, rien de caché.

Pour Valentin, ce n'est pas abstrait : Arkone compte un client malvoyant, et l'équipe mesure concrètement à quel point un site bien construit conditionne son accès à l'information. Le besoin des entreprises d'être visibles sur les IA profite donc, indirectement, à tous les utilisateurs.

Mobile first… ou pas

Faut-il toujours penser « mobile first » ? Pas systématiquement, répond Arkone, qui refuse les dogmes. Tout dépend du secteur et de l'usage réel.

Pour les plateformes métier, les intranets riches en données ou les outils de veille concurrentielle, l'usage se fait quasi exclusivement sur ordinateur — le responsive n'a parfois même aucun intérêt. À l'inverse, dès qu'on touche au B2C, le mobile domine largement : 60 à 70 % du trafic, voire 80 % pour un site de restaurant. Logique : on cherche un restaurant en mobilité, ou installé dans son canapé, rarement devant son bureau. Dans ce cas, c'est mobile first à tous les coups.

Côté IA, le bilan est nuancé : elle est plutôt douée pour produire du responsive visuellement correct, mais moins à l'aise sur la structure, l'optimisation de la vitesse de chargement et la propreté du code. C'est là que le choix des bonnes technologies — par exemple le rendu côté serveur pour livrer un HTML déjà construit et accélérer le chargement — fait toute la différence. Et ces décisions structurantes, l'IA ne sait pas les prendre seule.

Présentation des différents sites réalisés par l'agence web et mobile Arkone situé à Paris

Plusieurs IA valent mieux qu'une

Autre enseignement de l'épisode : pour bien travailler, il faut cumuler les IA. Chacune a ses qualités, chacune brille à un moment donné, et l'une peut même servir à structurer un prompt destiné à une autre. La recette ? Une curiosité permanente, beaucoup de veille et énormément de tests, car le classement des meilleurs outils change sans cesse.

Faut-il encore apprendre à coder ?

Sans hésitation : oui. Les écoles d'ingénieurs ne sont pas près de fermer. Chez Arkone, l'alternant a même interdiction d'utiliser l'IA : il doit d'abord mettre les mains dans le cambouis, affronter les galères, comprendre le code. C'est cette expérience qui permettra, plus tard, de prendre les bonnes décisions structurantes — serveur ou client, type d'hébergement, etc. Sans ces connaissances, on ne sait pas guider l'IA, qui ira systématiquement au plus rapide, c'est-à-dire rarement au mieux pour un projet donné.

L'IA fait-elle courir un risque au web ?

C'est la grande question de fin. Et la réponse inquiète un peu les deux fondateurs.

Le premier risque, déjà visible, c'est une industrialisation du web : une multitude de sites qui se ressemblent tous, avec une « patte » graphique et textuelle reconnaissable, et des contenus creux car déjà vus partout. L'IA ne crée pas l'information, elle la recycle. Beaucoup d'utilisateurs ne se relisent même pas.

Le second risque est plus profond encore : celui de l'autophagie des IA. Si les futurs modèles s'entraînent sur des données elles-mêmes générées par l'IA, on s'expose à une répétition généralisée, une « monopensée », une standardisation de tout. Le précédent existe déjà : les images générées avaient à un moment toutes viré vers une teinte jaunâtre, signe d'un entraînement sur d'anciennes productions d'IA. Sur le texte, le phénomène serait plus difficile à détecter.

Face à cela, deux scénarios pour le web de demain : d'un côté un web générique et standardisé, de l'autre un web plus artisanal, plus profond, plus humain.

Conclusion : l'humain comme élément différenciant

C'est là que se situe, pour Arkone, la vraie valeur ajoutée. Au-delà de la technicité, le rôle de l'agence est de rappeler au client que c'est son expertise, sa voix qui doivent ressortir. On peut composer avec l'IA, mais il faut garder de l'humain.

Cet échange — remettre en cause un cahier des charges, faire réfléchir, retravailler les textes pour qu'ils aillent vraiment là où le client veut aller — restera, selon Sébastien et Valentin, l'élément différenciant qui fera perdurer l'agence. La conclusion tient en une phrase simple : il faut se parler.

Retrouvez l'intégralité de cette conversation dans l'épisode du podcast Rencontres, le podcast de l'agence Yucatan.